A quand les luttes virales ? Le travail en temps de pandémie

mai 20, 2020 dans Au fil de l'eau

Stephen BOUQUIN

Le COVID-19 est un agent pathogène viral issu d’une zoonose récente qui a provoqué une pandémie toujours en cours. Comme c’est le cas pour toute épidémie, le COVID-19 est partie prenante des interactions sociales. Doté d’une puissance de contamination élevé, il a pu se propager au sein d’une population « naïve » peu ou non-immunisée. Sa mortalité est réduite et frappe de façon privilégiée les personnes âgées ou souffrant déjà de pathologies chroniques. La pandémie du COVID-19 représente un évènement social majeur, un « fait social parfait » qui condense tous les éléments d’une crise systémique déjà en cours. Les conséquences de la pandémie sur les mondes du travail sont contradictoires : d’un coté, elle est source de dégradation sociale, mais de l’autre, elle a contribué à renforcer le travail, tant sur le plan objectif que subjectif. 

Plan: 1. Le travail essentiel devient visible / 2. Un marché de l’emploi à l’arrêt / 3. Le précariat sur la touche /4. Les conditions de travail sous tension / 5. Un télétravail aliénant / 6. La santé au travail comme enjeu de santé publique / 8. Vers une intensification des conflits ?

 

1. Le travail essentiel devient visible

Malmené mais visible dans sa contribution au fonctionnement social, le travail se retrouve sens dessus dessous. Pendant que les cols blancs et les travailleurs intellectuels ont été massivement confinés (la plupart du temps en télétravail), la société a continué à fonctionner grâce aux « travailleurs de l’essentiel » que sont les éboueurs, chauffeurs-livreurs, hôtesses de caisse et bien sûr les soignant.es.

Les femmes occupent le premier plan:   « Infirmières, aides-soignantes, caissières, enseignantes, aides à la personne, personnel de nettoyage : c’est une bande de femmes qui fait tenir la société ! » (Christiane Taubira). En effet, les femmes représentent  91 % des aides-soignants, 83 % des enseignants du premier degré, 90 % du personnel des Ehpad, 90 % des caissiers et 97 % des aides à domicile. Ces métiers souvent peu reconnus, tant sur le plan financier que social, sont enfin apparus comme essentiels aux yeux du public.

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