n° 13 – L’humour au travail (juin 2013)

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SOMMAIRE n° 13 – juin 2013

GRAND ENTRETIEN / Marie-Anne Dujarier / Sociologie et documentaire : retour sur une expérience de coopération / par Gaëtan Flocco

DOSSIER / L’HUMOUR AU TRAVAIL : Dépasser les lectures fonctionnalistes et critiques introduction/ Marc Loriol //
Fabriquer du rire à l’usine : L’humour au travail dans les témoignages écrits ouvriers des années 1960 à nos jours / Eliane Le Port//
L’humour entre professionnels à l’hôpital. Distinction, domination et gestion de la situation / Emmanuelle Zolesio//
Les stages en entreprise à l’épreuve des cours d’art graphique dans une école de management / Dorina Coste //
Drôle de Finance ! Les financiers analysés par ce dont ils rient / Valérie Boussard//
La rengaine du mal être au travail. Quand l’humour subvertit l’ordre dans deux centres d’appels / Phil Taylor et Peter Bain//
english abstracts / résumés anglais

D’ICI ET D’AILLEURS
Une récession sans conséquences sur l’emploi au Québec ? / Philippe Barré et Mélanie Laroche //

CONTRE-CHAMP
Apports et limites d’une démarche de concertation sociale : exemple d’un accompagnement à la constitution d’un dispositif de prévention des risques psychosociaux dans six structures hospitalières / Philippe Anton et Gérard Valléry

IN MEMORIAM Robert Castel / par Françoise Piotet //

NOTES DE LECTURE

n° 12 – Travail et action collective en temps de crise (novembre 2012)

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SOMMAIRE n° 12 – novembre 2012

GRAND ENTRETIEN / Anselm Jappe / « La financiarisation et la spéculation sont des symptômes » / propos recueillis par Gaetan Flocco et Mélanie Guyonvarc’h

DOSSIER : TRAVAIL ET ACTION COLLECTIVE EN TEMPS DE CRISE

Mélanie Guyonvarch et Jean Vandewattyne //
Les effets de la récession dans la filière automobile en France / René Mathieu et Armelle Gorgeu // Travailler dans une industrie en crise(s) : le cas des chantiers navals de Saint-Nazaire / Pauline Seiller // La crise ne date pas d’hier : enquête parmi les cadres, ingénieurs et techniciens (2001 – 2006) / Mélanie Guyonvarch et Gaëtan Flocco //
Répondre au dumping salarial par la grève ? Le cas de l’Aéroport de Genève / Nicola Cianferoni // Les syndicats grecs dans le contexte de crise économique / Christina Karakioulafis // Défis et perspectives pour le syndicalisme en Espagne / Antonio Antón Morón // La crise et ses effets vus par des syndicalistes allemands de l’IG Metall / Meike Brodersen et Jean Vandewattyne // Quand les réformes du marché du travail favorisent l’insécurité socio-professionnelle / Stephen Bouquin //

CONTRE-CHAMP
Résistance, autonomie et implication des salariés. Quelle sociologie pour le travail ? / Daniel Bachet

NOTES DE LECTURE

n° 11 – Varia (février 2012)

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SOMMAIRE n° 11 – février 2012

GRAND ENTRETIEN / Danièle Kergoat /  Une sociologie au carrefour du travail et des rapports sociaux de sexe

DOSSIER VARIA

Recomposition de la division du travail de conception / Sébastien Petit //
Travail et santé : un nouveau défi pour les organisations syndicales / Lucie Goussard // Coopérer sur des marchés d’organisations / Stéphane Heim // La professionnalisation des activités de gestion : construire et défendre un “territoire” / Mathieu Bensoussan // Le personnel hospitalier face à l’engagement syndical. Quelques remarques à propos d’un travail de terrain / Georges Ubbiali //

D’ICI ET D’AILLEURS

De l’usine à l’intime. Mise au travail par la Maquila et vies d’ouvrières / Natacha Borgeaud-Garciandía //

NOTES DE LECTURE

Le travail au temps du COVID 19

Quelques réflexion à l’issue du premier confinement

par Marc Loriol (sociologue, CNRS, IDHES Paris 1)

Tandis que plusieurs représentants du MEDEF et quelques membres du gouvernement ont publiquement appelé à travailler plus après l’épidémie de COVID 19 et alors que les médias multiplient les reportages et articles sur les différentes façons d’éviter l’ennui en période de confinement, la majorité des actifs occupés au début de l’épidémie continuent de travailler (55%, selon un sondage Odoxa-France Info du 9 avril), même si cela se fait dans des conditions très variables. Il y a bien sûr ceux que l’on a appelé les travailleurs de première ligne ou « premiers de corvée », dont le travail est indispensable et ne peut pas être fait à distance. 25% des salariés interrogés par Odoxa se rendent tous les jours ou presque sur leur lieu de travail et 4% alternent télétravail et présentiel. Il y a ensuite tous ceux qui télétravaillent, même si parfois leur activité est mal adaptée au travail à distance (comme dans le cas des enseignants). 45% des salariés interrogés ont été mis en chômage partiel ou en congé par leur entreprise, même si une partie d’entre eux se voient demander, dans le même temps, de continuer à distance certaines tâches jugées urgentes ou nécessaires.

Si nous manquons de données sur la période actuelle, les témoignages dans les médias, les enquêtes journalistiques et quelques contacts personnels permettent d’apporter des éléments parcellaires d’observation qui peuvent être analysés à la lumière des recherches antérieures.

Des premiers de corvée sur la ligne de crête

La liste des travailleurs de première ligne ou « premiers de corvée » est difficile à établir car le caractère « indispensable » de l’activité peut faire l’objet de négociations voire de conflits, comme dans le cas des entrepôts d’Amazon où l’entreprise n’avait pas la même définition que les syndicats et la Justice. Ensuite, malgré la prise de conscience de l’importance de ces travailleurs, souvent modestes, leur visibilisation sociale reste très variable. Si les soignants sont très largement mis en avant ; si les caissières, les aides à domicile, les policiers, les pompiers ou les livreurs ont été mis à l’honneur, d’autres activités sont restées dans l’ombre. Ainsi, les préparateurs de commande (en dehors de ceux travaillant pour Amazon) ne sont pratiquement jamais évoqués, sauf sous la forme d’offres d’emploi ! Les travailleurs de l’énergie ou des télécommunications ne font pas l’objet de reportages, seules leurs entreprises apparaissent dans les médias.

De même, alors qu’une part significative des travailleurs de première ligne, notamment les plus modestes, sont issus de l’immigration et des banlieues populaires, ces populations et ces quartiers ont fait l’objet d’une stigmatisation médiatique et parfois d’un harcèlement policier qui s’est avéré disproportionné (les actes d’incivisme et de non respect du confinement existent aussi dans les beaux quartiers) et inadaptés (notamment dans les situations où des familles nombreuses se trouvent confinées dans des appartements petits et insalubres).

Entre les deux, nombre de métiers sont évoqués de façon plus ou moins sporadiques dans les média qui, malgré leur bonne volonté, peinent à porter la parole et les expériences de ces travailleurs longtemps ignorés (salariés de l’entretien, du ramassage des ordures et du tri des déchets, de l’agro-alimentaire, etc.)

Nombre de ces travailleurs sont déjà en train de travailler plus ou, tout du moins, de subir davantage de contraintes que d’habitude : le surcroit d’activité dans certains secteurs, les arrêts-maladie qu’il faut compenser ; la désorganisation du travail liée à l’épidémie ; la gestion des mesures barrière, des équipements de protection et des précautions prises pour ne pas risquer de ramener le virus chez soi ; l’allongement des temps de trajet quand les transports publics sont réduits ; imposent de consacrer plus de temps et d’énergie aux obligations professionnelles qu’auparavant. Certains (et surtout certaines) ont même du chambouler leur vie personnelle, à l’instar de ces soignants des EHPADS qui ont choisi de se confiner avec les résidents pour éviter les contaminations extérieures ou des salariés qui dorment dans des logements provisoires pour se rapprocher de leur travail ou préserver leur famille.

A côté de cet accroissement de la charge de travail et de la charge mentale, beaucoup expérimentent aussi une charge émotionnelle inédite. Cela est évident pour les soignants qui se trouvent pour beaucoup d’entre eux sur une ligne de crête émotionnelle, dans un équilibre fragile entre de fortes tensions et un engagement renforcé. D’un côté, la confrontation à une maladie mortelle et encore méconnue ; la désorganisation des collectifs de travail liée à la constitution d’équipes ad-hoc avec des soignants venus de différents services ; la plus grande difficulté à gérer les fins de vie (et en partager le poids) grâce à des protocoles incluant toute l’équipe et les familles ; la peur d’être contaminé et plus encore de contaminer ses proches ; le manque criant de moyens (respirateurs, masques, etc.) pour prendre correctement en charges les malades (du COVID, mais aussi les autres urgences qui ont dû parfois être repoussées) ; pèsent fortement sur les épaules des soignants. Mais, dans le même temps, le sens de leur travail, l’importance de leur mission, n’ont jamais été aussi évidents et reconnus. La situation exceptionnelle renforce un engagement déjà fort, y compris chez celles et ceux qui n’avaient pas encore rejoint la profession (étudiants, élèves…) ou l’avait quitté (retraités, personnes reconverties dans des activités non-soignantes…). Dans les équipes, l’urgence et l’importance des tâches à accomplir favorisent des relations professionnelles plus informelles, une ambiance de solidarité et d’implication collective et un étayage social indispensable pour faire face aux contraintes.

Face à cet équilibre fragile, les soignants ont besoin de se sentir soutenus. Non pas par des belles paroles ou des gestes symboliques, ni même par des psychologues plein de bonnes volonté qui se proposent à distance de les aider à « verbaliser leurs souffrances » (ce qui pourrait s’avérer plus néfaste qu’utile), mais en étant pris au sérieux et respectés dans leurs efforts pour faire face et répondre malgré tout aux difficultés : traduction en actes des promesses de moyens plus adaptés aux besoins ; reconnaissance du travail et des compétences, notamment des moins bien considérés (ASH, aides-soignants, personnels des EHPAD, médecins étrangers, etc.). C’est pourquoi les cas, heureusement rares, de rejet par le voisinage ou les prises de risque de personnes ne respectant pas le confinement heurtent autant les soignants qui le vivent comme une marque violente de mépris à l’égard de leur travail et de leur personne.

Ce qui a été dit des soignants pourrait, dans une certaine mesure, être repris pour d’autres travailleurs en première ligne. Par exemple, les caissières de supermarché qui étaient auparavant peu considérées (comme le montrent plusieurs recherches ou témoignages) et malmenées par des pratiques visant à augmenter la rentabilité des magasins (travail intensifié, temps partiel imposé, horaires coupés, incertitudes sur les plannings, polyvalence des tâches, etc.) voient leur importance reconnue. Toutefois, les enseignes n’ont pas toute mis le même zèle à protéger leur personnel. Si dans certains endroits des séparations de plexiglass, des masques et du gel ont été rapidement mis en place tandis que l’encadrement et des personnels dédiés ont été mobilisés pour faire respecter les gestes barrière (distances, affluences, manipulation des produit) et soutenir les caissières face aux quelques clients agacés par ces contraintes et les temps d’attente, d’autres magasins ont été moins réactifs, donnant à penser que la santé de leurs salariés n’avait pas une grande valeur à leurs yeux. De même, les comportements inciviques ou imprévoyants de certains consommateurs sont vécus par les salariés en contact avec le public comme un signe de mépris pour leur sécurité.

Dans un autre registre, les chauffeurs de poids-lourds se sont sentis gravement négligés quand on leur a demandé de continuer leur travail alors que les lieux où ils pouvaient se reposer, se restaurer se laver ou faire leurs besoins étaient fermés. Enfin, les travailleurs manuels, dont les compétences et les savoir-faire ont longtemps été ignorés et dilapidés (avec les délocalisations et les licenciements boursiers) voient leur importance mise en avant avec le besoin urgent de masques, de médicaments et de respirateur. Des couturières, des ouvriers et ingénieurs dans l’électromécanique, se sont parfois lancés avec enthousiasme dans la production de ces objets indispensables. Par contre, beaucoup d’ouvriers sont réticents à reprendre la production de biens moins immédiatement nécessaires (comme des avions ou des voitures) si les conditions de sécurité ne sont pas assurées.

Un télétravail en quête de sens

Avant la crise sanitaire, environ 14% des salariés avaient connu, le plus souvent de façon ponctuelle (un jour par semaine), le télétravail. Ce sont maintenant 20% des salariés qui se trouvent totalement en télétravail, souvent sans préparation suffisante. Des enquêtes antérieures à la crise actuelles ont montré qu’en moyenne, les salariés en télétravail avaient tendance à travailler un petit peu plus que sur leur lieu de travail. Cela s’explique par l’absence de possibilités d’échanges informels en marge de l’activité et surtout parce qu’il est plus difficile d’attester de son travail loin du regard de ses collègues et supérieurs (et parce que les indicateurs d’activité quand il y a, ne peuvent rendre compte que de façon imparfaite de l’activité), d’où le besoin d’en faire plus pour se prouver à soi-même et prouver aux autres que l’on n’abuse pas. Cela est encore renforcé pendant le confinement car certains salariés peuvent ressentir une sorte de culpabilité à l’égard des travailleurs en première ligne. Dans certains cas, la désorganisation liée à la crise et l’apparition de problèmes inédits ou de situations d’urgence poussent aussi au surtravail. A l’inverse, d’autres télétravailleurs, du fait du ralentissement de l’activité, voient la pression des tâches urgentes et l’inflation des réunions ou le multitasking reculer, ce qui leur laisse du temps pour des activités et des réflexions de fonds, des objectifs à plus long-terme. Ce travail plus intéressant et plus impliquant peut alors être l’occasion d’un investissement non régulé dans le travail.

Ces constats posent la question particulièrement sensible en cas de travail à distance du sens du travail et de sa reconnaissance. Le sens du travail n’est généralement pas donné a priori, mais sans cesse construit et reconstruit par le collectif de travail. Les échanges informels dans les couloirs ou à la machine à café permettent de rappeler en continu l’intérêt et l’importance des tâches réalisées, mais aussi de régler au fil de l’eau les petits conflits et désaccords avant qu’ils ne dégénèrent en blocages stressants ou en harcèlement moral. Cela suppose une interconnaissance et une confiance réciproque afin de pouvoir parler des problèmes du service ou de ses propres difficultés sans risque que cela ne se retourne contre soi. Cette confiance se construit plus difficilement à distance, d’où l’intérêt d’appuyer les télétravail sur des collectifs construits et actualisés en présentiel.

Des salariés qui s’interrogeaient déjà avant le confinement sur l’utilité et l’intérêt de leur travail risquent de le faire plus encore une fois isolés dans leurs domiciles respectifs, loin des étayages sociaux qui pouvaient, jour après jour, soutenir leur motivation et leur engagement. C’est le cas notamment de salariés dont l’utilité n’est pas forcément jugée positivement dans le public, à l’instar des assureurs, des traders ou des financiers. Ils peuvent alors plus que d’autres ressentir le besoin de contacts avec des collègues partageant les mêmes représentations du travail et de ses objectifs. Par exemple, pour un assureur, une « négociation réussie » sera celle qui aura permis de limiter au maximum les indemnités versées. Il est compréhensible que la « beauté » de ce résultat ne soit guère appréciée en dehors du milieu ! La reconnaissance du travail à distance est ainsi plus problématique. Certains managers, face à la peur de perdre le contrôle sur leurs subordonnés, de ne plus pouvoir être en mesure de régler les problèmes et les conflits en l’absence de contacts en face-à-face et de la communication non verbale qui les accompagne, peuvent être tenté de renforcer les outils de contrôle et de reporting de l’activité. Or cela risque d’infantiliser et de démobiliser les salariés alors même qu’ils ont particulièrement besoin de donner du sens à leur activité et de sentir leurs efforts, mais aussi la qualité de leur travail et l’inventivité mises en œuvre pour faire face aux imprévus, reconnus. Pour les managers aussi, la tâche est complexe et délicate. Elle demande surement une implication et une attention à chacun accrues, au risque de démotiver leurs troupes. A cet égard, on comprend, par exemple, la colère des enseignants qui tentaient par tous les moyens de ne pas perdre le contact avec leurs élèves quand ils ont entendu la porte-parole du gouvernement affirmer qu’ils ne travaillaient pas parce que les écoles étaient fermées.

Dans le même temps, les télétravailleurs doivent apprendre à partager leur temps, les espaces domestiques et le matériel informatique avec les autres membres de la famille, y compris les enfants. Dans les familles où il y a des jeunes enfants, le travail éducatif vient s’ajouter, le plus souvent pour les mamans, aux autres tâches. Beaucoup de parents ont ainsi découvert que l’enseignement était un vrai métier !

A côté des télétravailleurs salariés, il faut aussi prendre en compte la situation souvent difficile des indépendants et auto-entrepreneurs dont les revenus ont été mis à mal par les fermetures administrative, la baisse d’activité et les impayés, alors que les charges fixes (remboursements de prêts, loyers…) restaient dus. Une société ubérisée est une société peu résiliente face aux crises, qu’elles soient endogènes ou exogènes comme celle provoquée par la pandémie actuelle.

Inquiétudes pour le monde d’après

Le Président de la république l’a promis : le monde d’après ne sera pas le même que celui d’avant. Les travailleurs de première ligne seront mieux reconnus ; désindustrialisation et délocalisations seront reconsidérées ; les politiques de « rationalisation » budgétaire dans les domaines de la santé et de la recherche seront allégées. Beau programme ! Mais en l’absence de mesures plus structurelles sur les modes de gouvernance économique, la fiscalité, la reproduction et la circulation des élites, il est malheureusement permis d’en douter. Le 10 mars, au début de la crise, la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, avait affirmé que « c’est plutôt le moment de faire des bonnes affaires en Bourse aujourd’hui. » Faire des « bonnes affaires », c’est acheter à bas prix des entreprises mises temporairement en difficulté par la baisse brutale de l’activité et de la consommation. Alors que les fonds d’investissement vont devoir compenser les pertes liées à des investissements antérieurs douteux (par exemple dans le gaz de schiste), on imagine l’effet désastreux que pourraient avoir ces rachats au rabais sur la survie des entreprises et les conditions de travail des salariés. L’usine Bretonne de masques fermée en 2018 après que son propriétaire américain ait artificiellement réduit sa rentabilité (sous-facturation des produits vendus et surfacturation des services rendus par la maison mère) et délocalisé les machines les plus modernes (achetées en partie grâce à des subventions publiques) sans que l’Etat ne se saisisse de son droit de contrôle sur la légalité de l’opération, est un exemple typique d’une forme de gouvernance économique délétère, mais perçue comme normale par des décideurs publics et hauts fonctionnaires qui naviguent de plus en plus entre le public et le privé et semblent avoir du mal à distinguer l’intérêt général des intérêts particuliers des petits cercles dans lesquels ils gravitent. C’est ainsi que le gouvernement a annoncé par avance qu’il n’y aurait pas de changements dans la fiscalité, rendant impossible le déploiement d’impôts et taxes plus progressifs (afin de répartir les efforts et de limiter l’accroissement des inégalités) et favorisant le travail et l’investissement à long terme plutôt que la rente et la spéculation. De même, la meilleure reconnaissance des travailleurs de première ligne semble contredite par les sanctions infligées récemment à des inspecteurs du travail qui avaient tenté d’imposer à des entreprises d’aides à la personne de fournir des masques de protection à leurs salariés en contact avec le public. Les vieux réflexes et les vieilles recettes semblent ainsi avoir la vie dure malgré les promesses.

(mai 2020)

A quand les luttes virales ? Le travail en temps de pandémie

Stephen BOUQUIN

Le COVID-19 est un agent pathogène viral issu d’une zoonose récente qui a provoqué une pandémie toujours en cours. Comme c’est le cas pour toute épidémie, le COVID-19 est partie prenante des interactions sociales. Doté d’une puissance de contamination élevé, il a pu se propager au sein d’une population « naïve » peu ou non-immunisée. Sa mortalité est réduite et frappe de façon privilégiée les personnes âgées ou souffrant déjà de pathologies chroniques. La pandémie du COVID-19 représente un évènement social majeur, un « fait social parfait » qui condense tous les éléments d’une crise systémique déjà en cours. Les conséquences de la pandémie sur les mondes du travail sont contradictoires : d’un coté, elle est source de dégradation sociale, mais de l’autre, elle a contribué à renforcer le travail, tant sur le plan objectif que subjectif. 

Plan: 1. Le travail essentiel devient visible / 2. Un marché de l’emploi à l’arrêt / 3. Le précariat sur la touche /4. Les conditions de travail sous tension / 5. Un télétravail aliénant / 6. La santé au travail comme enjeu de santé publique / 8. Vers une intensification des conflits ?

1. Le travail essentiel devient visible

Malmené mais visible dans sa contribution au fonctionnement social, le travail se retrouve sens dessus dessous. Pendant que les cols blancs et les travailleurs intellectuels ont été massivement confinés (la plupart du temps en télétravail), la société a continué à fonctionner grâce aux « travailleurs de l’essentiel » que sont les éboueurs, chauffeurs-livreurs, hôtesses de caisse et bien sûr les soignant.es.

Les femmes occupent le premier plan:   « Infirmières, aides-soignantes, caissières, enseignantes, aides à la personne, personnel de nettoyage : c’est une bande de femmes qui fait tenir la société ! » (Christiane Taubira). En effet, les femmes représentent  91 % des aides-soignants, 83 % des enseignants du premier degré, 90 % du personnel des Ehpad, 90 % des caissiers et 97 % des aides à domicile. Ces métiers souvent peu reconnus, tant sur le plan financier que social, sont enfin apparus comme essentiels aux yeux du public.

n° 9-10 – Le travail informel (juin 2011)

Sommaire n° 9-10 ( juin 2010)  accéder au n° 9/10 (format PDF)

ÉDITORIAL  Bilan d’étape / Stephen Bouquin

GRAND ENTRETIEN  Temps, travail et domination sociale / Entretien avec Moïshe Postone, réalisé par Stephen Bouquin

DOSSIER  Travail informel en questions / Formes et dynamiques du travail informel. Une introduction au dossier  / Stephen Bouquin et Isabel Georges // Précarité et informalité, une perspective Nord-Sud / Paul Bouffartigue et Mariana Busso // Les réseaux invisibles de la surexploitation au Brésil / Ludmilia Abilio / La complexité de l’informel en Inde / Djallal Heuzé // L’éthique mouride et le travail informel à Dakar / Sadio Gning / Les coursiers en Argentine / Guillaume De Gracia // Le secteur de l’emploi domestique à Buenos Aires / Ania Tizziani // Le cas du Mexique dans le contexte de l’Amérique Latine / Lucas Czarnecki

D’ICI ET D’AILLEURS / Les frontières de la relation salariale: une comparaison France – Etats- Unis / Donna Kesselman // Les relations de travail en Chine / Heiko Khoo

VARIA Stress au travail: le cas des aides soignantes hospitalières / Paul Bouffartigue  // Rémunération et rapport au temps dans le champ de la santé mentale/ Lise Demailly

NOTES DE LECTURE

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n° 8 – Travailler le social (avril 2010)

Sommaire n°8. accéder au n° 8 (format PDF)

ÉDITORIAL Le retour du paupérisme / Stephen Bouquin

GRAND ENTRETIEN Derrière nos fruits et légumes, la surexploitation de la main-d’œuvre étrangère / Patrick Herman et Nicolas Duntze

DOSSIER : Travailler le social / Qui sont les travailleurs du social? / Nathalie Frigul et Pascal Depoorter // Chalandisation et éthique professionnelle / Christophe Guibert // Les conseillers à l’emploi / Linda Lavitry // Individualisation de la dette social et travail avec autrui / Isabelle Astier // La rationalisation du travail social / Gérard Creux // Travail et dynamiques de l’emploi dans l’animation / Francis Lebon // Les reconversions managériales du travail social / Claude Thiaudière 

D’ICI ET D’AILLEURS Travail et relations professionnelles en Espagne: vers une segmentation et la transformation des luttes / José Angel Caldéron et Pablo Lopez Calle

CONTRECHAMP Mondialisation et salariat: une dynamique historique ou un ethnocentrisme analytique / Jean Copans

NOTES DE LECTURE

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n° 7 – Travail et migrations (juin 2009)

Sommaire n° 7  (juin 2009)   accéder au n° 7 (format pdf)

ÉDITORIAL Retour critique sur le contrat de travail / Pierre-Yves Verkindt

GRAND ENTRETIEN Lorsque la recherche et l’engagement se rencontrent / Annie Thébaud-Mony et Henri Pezerat réalisé par Nathalie Frigul

DOSSIER Mondes des migrants, mondes du travail / Introduction / Denis Blot et Alain Maillard // Migrations internationales vues de l’Europe / Maks Banens // Les migrants polonais dans l’Irlande en crise / Torben Krings, Alicja Bobek, Elaine Moriarty, Justyna Salamoska, James Wickham // Travailleurs immigrés et invalidité en Suisse / Cristina Ferreira // Travailleurs sans papiers: la précarité interdite / ASPLAN // Le travail invisible de nettoyage de bureaux / Fabienne Scandella // Le racisme au travail, effet de la précarisation ? / Nouria Ouali

ARCHIVES Retour sur  « l’operaismo » et l’enquête ouvrière / Document

CONTRECHAMP  D’une crise à l’autre / Stephen Bouquin

NOTES DE LECTURE

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n°6 – Classe laborieuse, orientation politique et engagements militants (septembre 2008)

SOMMAIRE  n°6 (septembre 2008).   accéder au n°6 (format PDF)

EDITORIAL La marchandisation des retraites : du salaire indirect aux fonds de pension / Jean-Jacques Chavigné

GRAND ENTRETIEN Espace public oppositionnel, travail vivant et « eigensinn » / Entretien avec Oskar Negt réalisé par Christophe Baticle et Pascal Depoorter

DOSSIER Classe laborieuse, orientation politiques et engagements militants / Quelques thèses à partir du cas italien Salvo Leonardi // Les ouvriers et la politique: par-delà les idées reçues. Entretien avec Guy Michelat et Michel Simon réalisé par Stephen Bouquin // « Classes populaires » et subjectivités politiques / Samia Moucharik // Engagement syndical et socialisation politique. Le cas de CGT-FO / Karel Yon // La classe ouvrière et son épouse lors du départ à la retraite / Damien Bucco et Dominique Loiseau // Le devenir des mobilisations des chômeurs / Valérie Cohen

D’ICI ET D’AILLEURS Japon : la mort par surtravail et le toyotisme / Paul Jobin

CONTRECHAMP Le temps de travail au cœur du rapport capital-travail / Jean-Philippe Melchior

NOTES DE LECTURE

n° 5 – Splendeurs et misères du travail associatif (janvier 2008)

SOMMAIRE n°5  (janvier 2008) accéder au n° 5 (format PDF)

EDITORIAL Refuser l’incantation de la valeur travail / José Angel Calderon

GRAND ENTRETIEN L’ambiguïté de Mai 68 / Entretien avec Danièle Linhart, par Catherine Pozzo et Cédric Lomba

DOSSIER / Splendeurs et misères du travail associatif // Coordination et introduction / Mathieu Hély et Maud Simonet / Servir l’intérêt général ou produire de l’utilité sociale? / Mathieu Hély // Enjeux professionnels et organisationnels autour du bénévolat d’entreprise / Anne Bory // Derrière le voile de la citoyenneté : les usages politiques du volontariat en France et aux Etats-Unis / Maud Simonet // Travail bénévole et marché du travail sportif / Vérène Chevalier, Sébastien Fleuriel // Entre formel et informel, quelle place pour le travail dans le service aux familles? / Annie Dussuet //

PORTRAIT Intellectuel, militant, syndicaliste. En souvenir de Bruno Trentin / Salvo Leonardi

CONTRECHAMP Pour un salaire universel. Réponse à Guy Standing / Bernard Friot

NOTES DE LECTURE